Notre enseignant le Dr Bruno Donatini était l’invité spécial de Mélanie Taravant sur l’émission « C à dire !? » sur France 5. Une très belle émission à regarder en replay au sujet du dernier livre du Dr Bruno Donatini : « La bouche, miroir de votre santé ».
Célèbre gastro-entérologue, hépatologue, cancérologue et immunologue, rien que ça ! Vous êtes le spécialiste de toutes les bactéries. On va découvrir ça avec vous. Alors, vous vous intéressez particulièrement, cette fois-ci, à la bouche. Vous dites qu’elle est le miroir de notre santé. Ça veut dire finalement qu’en regardant notre bouche, on peut savoir comment on va ?
— On peut apprendre énormément de choses soi-même, simplement en s’intéressant à ses gencives, à ses lèvres, à sa langue. Donc, on va regarder avec attention : est-ce que les gencives sont saines ou ne saignent pas ? Est-ce qu’elles se rétractent ou pas ? Ça, c’est un point très important. Est-ce que la langue a des fissures ? Est-ce qu’elle est un peu gonflée ? Est-ce qu’il y a un excès de mucus ? Est-ce qu’on a une mauvaise haleine ? Tout ça, ce sont des signes qui doivent alerter ; ce n’est pas normal. De la même façon, si vous avez des aphtes ou des herpès, ce n’est pas normal ; votre bouche souffre et appelle à l’aide.
— Et vous, vous dites finalement qu’on ose assez peu ausculter la bouche. Pourtant, c’est une des choses qu’on voit le plus dans notre visage. C’est notre système de communication, et pourtant, ce n’est pas trop dans notre culture.
— C’est un lien très fort de la communication, il y a entendu, mais on en parle très peu. C’est finalement très intime. Il y a toute une histoire qui se dessine derrière ; ça peut être des traumatismes, des négligences qu’on verrait à travers le temps dans la bouche. Un bilan de santé qui s’exprime : c’est toute une histoire qui vous dit que vous avez reçu ou pas des soins adaptés, que vous avez été négligent, que vous avez des carences diététiques. Tout ça va être raconté par la bouche et dit des choses que vous ne voulez pas forcément dire à tout le monde, même aux médecins. Il faut qu’il aille chercher le petit détail, la confiance, qu’il regarde, qu’il dise : « J’ai vu ça, que puis-je en conclure ? ».
— Vous plaidez pour que ce soit une grande cause nationale. Vous comparez la bouche, dans votre livre, à un champ de bataille permanent. Ce n’est pas très rassurant.
— Le monde extérieur est opportuniste ; c’est un recycleur de végétaux, de peaux mortes, de cadavres ou de déjections d’insectes. Il s’engouffre dans notre bouche via les aliments, les mains, l’eau du bain ou la poussière.
— Vous nous faites peur !
— On a en effet une zone qui est humide, réchauffée, pleine d’aliments, donc un milieu de culture idéal. On aspire l’extérieur en permanence : des poussières, des déchets, on y met nos doigts. Tout va être bon pour que des bactéries viennent consommer tous ces déchets ou ces nutriments. Il ne faut surtout pas que nos propres tissus, nos gencives, deviennent un aliment. Il ne faut pas que les gencives saines soient laissées en mauvais état, sinon le sang va devenir un aliment et va faire prospérer des bactéries capables de profiter de nous. Donc, c’est un lieu qui doit être nettoyé avec une bonne flore, qui sert de contrepoids à la vilaine flore, pour être simple, qui est opportuniste.
— Tout est bon pour une bactérie, c’est-à-dire qu’il y a les bonnes et les mauvaises bactéries. Depuis qu’on est petit, on met tout à la bouche. Vous dites que même adulte, on s’en rend moins compte, mais on met toujours tout à la bouche. Vous donnez l’exemple de la tartelette dans un café.
— La poussière ambiante va venir se déposer sur la tartelette. On ne sait pas si le serveur n’y a pas mis son empreinte ou le cuisinier. Nous, on va se servir de cette tartelette souvent avec nos doigts plus ou moins élégamment, puis on va attraper un livre, un couvert, autre chose, on va y rajouter des choses, on va parler avec quelqu’un. Finalement, ça fait déjà un assemblage de microbiotes.
— Pourtant, vous dites que ce n’est pas si grave que ça. Il ne faut même pas tout désinfecter. En période post-Covid, on s’est posé la question sur une désinfection à outrance des plateaux de table, des mains.
— Surtout pas. Il faut parfois utiliser toutes ces bactéries et champignons parce que ça solidifie notre santé. Une bonne flore, c’est une flore diversifiée. Il ne faut pas détruire sa flore, elle doit être enrichie. Il y a une théorie hygiéniste : si vous faites trop d’hygiène, vous vous retrouvez avec une flore pauvre, d’où le surpoids, le risque de diabète. Une flore rurale, avec plus de végétaux, plus de mains dans la terre, vous permettra d’acquérir une flore plus diverse.
— Qu’en est-il des Français ? Quel est le chiffre marquant ? Un Français sur quatre à peine se lave les dents moins de deux fois par jour.
— C’est très grave de ne pas avoir une bonne hygiène dentaire, car le risque, c’est le dépôt entre les dents qui va amener des bactéries qui n’aiment pas l’oxygène, protégées dans ce dépôt. On les appelle les anaérobies, elles n’aiment pas l’oxygène. Celles-ci sont capables d’aller en profondeur, où il y a moins d’oxygène, et de détruire la couche protectrice, la muqueuse. C’est très grave de ne pas enlever ces amas interdentaires.
— La bouche, c’est la porte d’entrée des bactéries qui nous rendent plus forts, mais aussi des maladies qui peuvent toucher tout le corps. La bouche relie autant le cerveau que les intestins.
— On connaît mieux le microbiote, on l’analyse dans le détail par l’ADN, l’ARN, avec des prélèvements. On découvre des pathologies, de l’endométriose, à des maladies neurodégénératives. Des dépôts dans la bouche, l’estomac, qui gagnent l’intérieur du corps, rejoignent un nerf important, le nerf vague.
C’est le système nerveux autonome qui nous aide à respirer, à avoir un rythme cardiaque, à vidanger notre estomac, à sécréter des hormones.
Le nerf vague amène ces déchets au cerveau, d’où le lien entre pathologies buccales, gastriques et ces maladies. On fait le lien entre certaines bactéries : Fusobacterium nucleatum et le Parkinson, Porphyromonas gingivalis et l’Alzheimer.
— En entretenant notre santé buccale, on pourrait prévenir de grandes maladies ?
— Sans aucun doute. Les maladies parodontales et ces bactéries anaérobies sont à juguler pour éviter ces problèmes graves et épidémiques. On parle même de cancers.
— Pour ceux qui nous regardent, quels sont les signes qui doivent alerter ? Quels sont les conseils à garder en tête ?
— Trois choses : la baisse immunitaire avec herpès, boutons de fièvre ; les gencives qui saignent, signe d’une mauvaise flore ; les problèmes de salivation, déglutition, reflux, acidité dans la bouche, infections à répétition.
— Merci, Bruno Donati.
